
L'Institut Paris Région vient de publier une étude détaillée sur la rénovation énergétique du parc résidentiel francilien. Menée par Franziska Barnhusen et Amélie Rousseau, elle cible 3,6 millions de logements construits avant 1991, soit 70 % du parc qui concentre 77 % des consommations énergétiques résidentielles.
Trois obstacles majeurs freinent les projets
Les protections patrimoniales couvrent 28 % du territoire régional : 44 % des logements se situent près de monuments historiques et 51 % en zones protégées. Cette situation complexifie énormément les démarches. La mitoyenneté pose problème pour 160 000 maisons anciennes : isoler par l'extérieur nécessite des accords de voisinage, des compensations financières et génère des conflits sur l'espace public. Enfin, les valeurs foncières influencent fortement les décisions : un appartement classé F ou G se vend 5 à 6 % moins cher en banlieue qu'un bien étiqueté D. Paradoxalement, cet effet "valeur verte" reste atténué à Paris où la pression immobilière écrase tout.
70 000 rénovations privées annuelles mais peu performantes
Entre 2021 et 2023, MaPrimeRénov' a financé en moyenne 70 000 rénovations de logements privés par an, principalement des travaux isolés (84%) : remplacement de chaudière, changement de fenêtres, isolation des combles. Le parc social fait mieux avec 15 300 logements rénovés annuellement via l'Eco-PLS entre 2020 et 2023. Les chantiers se concentrent sur les grands immeubles des années 60-80, puisqu’ils sont considérés comme plus simples et rentables sur le plan technique. Les petites copropriétés (moins de 15 lots) restent délaissées : elles coûtent presque deux fois plus cher par logement à rénover et les entreprises fuient ce segment. Autre déception : les passoires thermiques gagnent seulement une ou deux étiquettes après travaux et atteignent rarement le niveau BBC. Le parc social performe mieux car les bailleurs interviennent sur bâtiments inoccupés et traitent aussi les parties privatives.
Scénarios 2030 : entre 11 et 18 % d'économies réalisables
Le CSTB a modélisé deux trajectoires. En continuant comme actuellement, la consommation résidentielle baisserait de 11,2 % (8,2 TWh économisés par an). Ce scénario vise 35 % de gain par logement permettrait d'atteindre 18,4% de réduction (13,5 TWh). Mais l'étude prévient : cibler uniquement les segments faciles ne suffira pas. Il faut mobiliser les angles morts actuels - petit collectif, bâti ancien, maisons individuelles - en créant des modèles d'accompagnement adaptés. Les collectivités jouent un rôle crucial via leurs aides complémentaires et leurs conseils locaux, tandis que les Architectes des Bâtiments de France manquent de temps pour assurer correctement leur mission de conseil technique.